Yggdrasil, l'arbre dieu, écoute la comptine sans voix des chênes, et les deux sources à ses pieds endorment sa songeuse ténèbre. Urd et Mimir babillent dans leur langage de runes, et des écorces brunes viennent écorcher leurs fuyants sourires. C'est le froid qui écrit. Des papillotes de neige psalmodient aux branches du vieux sage, et tombent en larmes de sens sur le papier des eaux. La vie d'un courant figé, sur lequel s'inscrit en lettres passagère le roman scaldien. Le Nord est là qui pleure, qui chante, qui ronchonne: le gui taciturne l'accueille en hôte accoutumé. La forêt se penche sur la controverse des ronces, et des entrelacs fabuleux d'arbrisseaux se mettent en mouvement vers un rêve de signification. Ici se rencontrent et s'opposent les alphabets noircis du lichen, des fougères et du ciel bas; un souvenir s'écrit avec les mots du futur, dans la langue immémoriale que trace la nature quand elle joue. Qu'un Ragnarök alors ressuscite l'Ecriture: il faut se saisir, tant qu'il en est temps, de la superposition inégalable des feuilles: cette saga mise en rêve par le septentrion se meurt en cent mille glaçons qu'un rayon de soleil renvoie à leur néant; ils coulent alors des bras trop savants d'Yggdrasil, et se perdent dans l'onde qui est sagesse.

François Le Penuizic

 

Labyrinthe